Elle a connu la prison dès l’enfance… Avec des centaines d’autres enfants ! Quinze ans plus tard, elle est une avocate engagée contre la violation des droits de l’enfant !
En 1993, le père de Mercedes est incarcéré pour dettes dans la prison de San Sebastián à Cochabamba, en Bolivie. Leur maison et tous leurs biens sont saisis. Petite, Mercedes vit quatre années en prison avec lui, avec des centaines d’autres enfants… subissant la promiscuité insoutenable et la violence de la prison. Les prisonniers ne sont ni nourris, ni logés et s’ils ne peuvent pas payer le « loyer » de leur cellule, ils dorment à l’extérieur dans la cour. Dans le jardin devant la prison, Mercedes peint des clowns multicolores.
A l’époque, l’association Voix Libres démarre un programme de microcrédit sans intérêts qui permet aux prisonniers d’exercer des activités de menuiserie, de joaillerie, de cordonnerie et de subvenir ainsi à leurs besoins et à ceux de leurs familles. Sur la base de chartes éthiques strictes avec les pères, les enfants sont au centre du projet avec des ateliers d’expression, du matériel scolaire… Le père de Mercedes recouvre sa dignité grâce au microcrédit, sa mère est soignée dans le dispensaire.
15 ans plus tard, Mercedes est devenue une avocate ardente et une des principales coordinatrices de Voix Libres à Cochabamba. Avec toute une équipe pluridisciplinaire, elle mène une campagne de non-violence qui comprend des programmes d’éducation, de santé, de sensibilisation et prévention, d’appui juridique...
En Bolivie, la violence intrafamiliale est omniprésente. Les enfants et les femmes en sont les principales victimes. Selon les statistiques officielles, 7 femmes sur 10 ont subi des violences psychologique, physique ou sexuelle et 83% des enfants sont victimes de mauvais traitements.
En 2009, près de 4000 femmes parmi les plus marginalisées (dépôts d’ordures, prisons, mines, rues, campagnes) bénéficient de cette campagne de droits humains avec des microcrédits, un accompagnement juridique (papiers d’identité, procédures de lutte contre les mauvais traitements…), des ateliers d’expression, d’auto-défense, d’estime de soi (théâtre, chant, etc.).
«Je me considère aujourd’hui comme une survivante et mon seul souhait, c’est d’aider les autres comme Voix Libres l’a fait, lorsqu’il n’y avait rien ni personne. Mon plus grand rêve aujourd’hui est d’éradiquer la violence, d’en finir avec la violation des droits de l’enfant… Que les enfants connaissent leurs droits, qu’ils crient quand ils sont victimes de maltraitance, qu’ils viennent à nous. Qu’ils libèrent leur voix maintenant. »
En savoir plus : www.voixlibres.org
Sources: Institut National Bolivien de Statistiques (INE), Etude nationale de démographie et santé 2003, http://www.ine.gov.bo - UNICEF, Rapport sur l’enfance en Bolivie, mai 2007.
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