Elle est cubaine, a un franc-parler et un blog. Son tort ? Jouir d’une liberté que les journalistes cubains n’ont plus : la liberté d’expression.
Sur son blog Generacion Y, Yaoni Sanchez aborde tous les sujets : la pénurie de citrons, les procédures du parlement cubain, la lenteur des réformes de Raul Castro. La plus célèbre bloggeuse cubaine Yaoni Sanchez partage chaque jour sur Internet des morceaux de vie de ses compatriotes cubains. Sans le filtre imposé par les autorités. « Je me suis réveillée il y a deux ans avec l’envie d’écrire le vrai scénario de mes journées, et non la comédie à l’eau de rose des médias officiels. Au lieu de regarder les films, je suis passée de l’autre côté de l’écran ».
Son engouement pour le web n’est pas sans danger. Le 7 novembre 2009, Yaoni Sanchez et son ami sont arrêtés par des policiers en civil alors qu’ils s’apprêtent à participer à une marche contre la violence. Tous deux sont battus puis abandonnés dans une rue. Le franc-parler de la bloggeuse déplait fortement aux autorités cubaines qui contrôlent la diffusion et l’accès aux informations. Le Ministère de l’Intérieur lui signifie : “Nous voulons vous avertir que vous avez transgressé toutes les limites de la tolérance avec votre rapprochement et vos contacts avec des éléments de la contre-révolution. Cela vous disqualifie totalement pour dialoguer avec les autorités cubaines. »
Etudiante en philologie, cette passionnée d’internet l’était déjà de politique. Une dissertation sur les dictatures dans la littérature latino-américaine, jugé trop velléitaire, lui value la fermeture des postes universitaires auxquels elle pouvait prétendre. Ainsi, pour vivre elle travaille pendant des années dans le secteur touristique.
Son engagement pour la liberté d’expression suscite l’admiration aussi bien dans son pays qu’à l’extérieur. Yaoni Sanchez dont le blog est une bouffée d'oxygène pour de nombreux cubains a été élue par le magazine TIME l'une des 100 personnes les plus influentes au monde en 2008. La même année, lauréate du prix Ortega et Gasset décerné par le quotidien espagnol EL PAIS dans la catégorie journalisme digital, Yaoni Sanchez essuie un refus de sortie du territoire pour la remise de son prix. De même, en 2009 lorsqu’elle reçoit le 71e prix Maria Moors Cabot de New York, qui récompense des journalistes qui ont fait avancer la compréhension entre les peuples américains.
Prisonnière de son île, et malgré son agression, elle continue à pianoter sur son clavier : « Je rêve d’une île où personne n’a à demander la permission pour entrer ou sortir ».
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